L’ADEME et le financement des start-up de la transition énergétique et écologique

Interview de Benjamin Stremsdoerfer, responsable du Pôle Investissement de l'ADEME

L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), opérateur de l’État pour la transition écologique, sera partenaire de la "Breakthrough Nigght". En effet, l'ADEME joue un rôle primordial dans le financement de l’innovation et des start-up, en particulier à travers le Programme Investissements d’Avenir. Benjamin Stremsdoerfer, responsable du Pôle Investissement, nous présente ce rôle en détails…

 


Comment définissez-vous une start-up ?

Il n’y a pas de définition officielle. L’âge de l’entreprise n’est pas un critère universel car, selon les secteurs, les cycles sont plus ou moins longs : par exemple dans le numérique une société de 3 ou 4 ans d’âge est déjà vieille !

Toutefois, on distingue souvent 3 phases dans la vie d’une entreprise. Il y a la phase d’amorçage, celle du capital-risque et celle du capital-développement :

- la première correspond à la naissance de l’entreprise : il y a l’idée, le concept, des preuves techniques (brevets, par ex.), mais pas encore de clients. Les levées de fonds sont généralement entre 500 K et 2M€

- dans la seconde, c’est le moment où les premiers clients arrivent, où le CA commence à se développer. Les levées de fonds correspondantes sont généralement entre 2M€ et 10 M€

- enfin la troisième phase est celle de la maturité », c.a.d. de la rentabilité, de la pérennité…

On considère généralement qu’une entreprise est une start-up quand elle est dans les 2 premières phases.

 

Quelles sont les grandes tendances que vous observez sur le marché français des start-up dans le domaine des cleantech et des greentech ?

Tout d’abord un foisonnement d’innovations et une professionnalisation accrue avec des dossiers de qualité, bien structurés, intégrant les approches marchandes et financières. Par ailleurs, les dossiers que nous recevons ne portent pas seulement sur des innovations technologiques, mais sur des améliorations des process d’utilisation, sur des améliorations organisationnelles. Par exemple, dans le photovoltaïque, les innovations ne portent pas seulement sur le rendement des cellules des panneaux, mais aussi sur le temps d’installation des champs photovoltaïques, sur le contrôle et la gestion des panneaux (création de logiciels dédiés), sur la façon de laver les panneaux, sur les modes de financement…

 

Comment l’ADEME soutient-elle les start-up cleantech/greentech?

Nous avons deux types de leviers : humains et financiers. Il ne faut pas sous-estimer le premier car l’ADEME a des équipes techniques très pointues qui peuvent challenger les projets, apporter de vrais échanges enrichissants avec les créateurs. Sur le volet financier nous pouvons intervenir sous forme d’appels à projet sur nos fonds propres ou à travers la partie du Programme des Investissements d’Avenir (PIA) que nous gérons, que ce soit sous forme de subventions, d’aides remboursables ou encore en apport de fonds propres, avec des outils comme le fonds Ecotechnologies de Bpifrance Investissement, mis en œuvre dans le cadre du PIA confié à l’ADEME.

 

Comment fonctionne la partie du Programme des Investissements d’Avenir que vous mettez en œuvre ?

Dans le cadre du Programme des Investissements d’Avenir (PIA), créé par l’Etat en 2010 et doté de 45 Mds€, l’ADEME assure la mise en œuvre opérationnelle des actions liées à la transition énergétique et écologique, sous le pilotage du Commissariat Général à l’Investissement (CGI). Ainsi, les Investissements d’Avenir financent l’innovation pour la transition énergétique et écologique

L’enveloppe globale confiée à l’ADEME est de 3,3 Mds€, sur laquelle 1,5 Mds€ ont été engagés pour plus de 280 projets innovants représentant un investissement total de 4,2 Mds€.

Deux grands programmes sont opérés par l’ADEME, au coeur de la transition énergétique et écologique : Véhicules et transports du futur; Démonstrateurs pour la transition énergétique comprenant 5 thématiques stratégiques (eau et biodiversité ; économie circulaire ; énergies renouvelables ; décarbonisation des usages de l'énergie et l’efficacité énergétique ; bâtiment durable)

Le PIA se traduit par des appels à projets nationaux. Les projets sélectionnés sont financés via des subventions, des aides d’État remboursables ou des prises de participations. Il permet d’appuyer des expérimentations préindustrielles, la réalisation de démonstrateurs ou de premières industrielles qui doivent accélérer la transition énergétique et écologique.

 

Pouvez-vous nous présenter quelques exemples de projets de start-ups soutenus par le PIA ?

Par exemple, le projet Cyclaprove a reçu 2M€ pour développer la valorisation des biodéchets par l’insecte. L’entomoculture (élevage industriel d’insectes) permet de produire des protéines, huiles et autres dérivés d’insectes pour l’alimentation animale et la chimie verte, ainsi que pour l’agriculture biologique. Autre exemple, le projet Machaon, qui a également reçu 2M€, vise à recycler sous forme de granulés de polyéthylène recyclé les 250 000 tonnes de films plastiques en polyéthylène, issus des ordures ménagères (sacs plastiques, sacs des collectects sélectives, bâches, blisters, enveloppes de packs de boissons) … alors qu’ils sont aujourd’hui incinérés ou enfouis. Enfin, le projet Smart ZAE, qui a reçu 2,3 M€, ambitionne de piloter et réduire la consommation énergétique des plus 30 000 Zones d’Activité économiques (ZAE) françaises – qui regroupent entreprises et industries - notamment grâce au stockage de l’énergie produite sur ces sites.


Est-ce que ce Programme est bien adapté à des start-up qui n’ont pas les moyens humains, les compétences ni le temps pour monter ce genre de dossiers de subventions ?

En fait, les dossiers que nous recevons émanent souvent de consortiums réunissant une grande entreprise et une ou des start-up. Par exemple, le projet Vertiwind, d’éoliennes flottantes à axe vertical qui a bénéficié d’une aide de 7,1 M€ dans le cadre du PIA, sur un total d’investissement de 16,8 M€, est porté par EDF et la start-up Nénuphar qui a construit un prototype testé à Fos-sur-mer.

Mais effectivement, pour compléter cette offre, en janvier 2015, l’ADEME a proposé, avec le CGI, de créer un outil spécifiquement adapté pour soutenir les projets innovants de PME françaises pour des transports plus économes en énergie et sobres en carbone, « Initiative PME 2015 ». C’est un outil, plus réactif, plus agile (avec des dossiers simplifiés, des décisions très rapides), sous forme de subventions pour les PME : 200.000 euros maximum de subventions pour des projets d’un montant minimum de 400.000 euros.

 

Enfin, sur la partie investissements en fonds propres comment procède l’ADEME ?

Pour les PME, le fonds commun de placement à risque (FCPR) « Écotechnologies » - créé en 2012 et doté de 150 M€ - investit des montants de 1 à 10 M€ en co-investissement avec des acteurs privés. Il s’adresse à des PME innovantes et principalement établies en France. Il ne concerne pas les entreprises en phase d’amorçage. Ce fonds est géré par BPI France Investissement. Il s’appuie sur l’expertise technico-économique de l’ADEME, qui évalue et présélectionne les candidats. Il vise des opérations en fonds propres et quasi fonds propres, pour des prises de participation minoritaires, dans des PME innovantes, principalement établies en France et non cotées, relevant de quatre thématiques principales : énergies renouvelables décarbonées et chimie verte ; économie circulaire (valorisation des déchets, éco conception de produits et écologie industrielle ; réseaux électriques intelligents ou smart grids ; véhicules du futur.

Dans ce cadre l’ADEME agit comme un garant technique en amont et en aval du projet qu’elle valide. 9 investissements en capital ont ainsi déjà été réalisés pour des montants compris entre 2 et 5 M€ à chaque fois. Par exemple, Coldway a reçu 4 M€ pour continuer à développer un système de pile thermique innovant au service des industriels, permettant de générer de façon autonome du froid comme de la chaleur. Quant à VULOG, précurseur sur les services d’autopartage de nouvelle génération qui ne nécessitent ni station, ni réservation (le free-floating(ou « One-ˇWay »), c’est 3 (ou 4?) M€ qu’elle a reçu du Fonds Ecotechnologies.

Pour les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes, l’État, via l’ADEME, peut investir aux côtés d’une entreprise dans le capital d’une société de projet, type « joint-venture », par exemple portant sur le développement d’une innovation ou d’un élément clé d’une filière innovante. Dans ce type de montage, l’État n’est jamais l’actionnaire de référence. Cet outil est opérationnel et cinq investissements ont été réalisés depuis 2012 dans les filières de l’éolien offshore, de l’hybridation des moteurs, de l’hydrogène et du solaire (PDF - 341 Ko) et du recyclage.


Interview réalisé par Alain Chauveau

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