Investisseurs responsables et transition

Lors de la 24ème Edition des « Petits-déj’ HD 2020 », organisée par l’Association Horizon Durable 2020, le 25 mai, l’invitée, Anne-Catherine HUSSON-TRAORE, Directrice Générale de Novethic, est intervenue sur le thème : « Reporting RSE des entreprises : - Les attentes des investisseurs - Comment le reporting doit-il évoluer ?». Nous vous invitons à partager la vision de cette spécialiste de la RSE et de l’ISR sur les enjeux de la transition et du rôle des investisseurs institutionnels, du monde de la finance, dans le défi climatique…

Anne-Catherine HUSSON-TRAORE a d’abord rappelé la spécificité française qui, par une loi, a fait du reporting une obligation (à défaut de pouvoir rendre la RSE obligatoire), avec des rapports RSE normés. Mais elle a aussi dénoncé l’évolution du reporting car, selon elle : « aujourd’hui, les acteurs ne savent plus pourquoi ils rapportent ? ». En effet, les entreprises seraient tombées dans un processus de « je coche les cases », une forme de compliance systématique. Elle rappelle ainsi que les équipes d’un énergéticien français lui ont confié monitorer 800 indicateurs de développement durable pour leur reporting ! C’est, pour elle, un des sujets-clés de la RSE : « cocher des cases » a fait perdre l’objectif qui est de comprendre quel est le cap de l’entreprise, son organisation et ses choix pour réduire son empreinte. Elle rappelait ainsi qu’à l’AG de Total à laquelle elle avait assisté 2 jours auparavant, l’entreprise avait remis, avec son rapport RSE, un rapport climat qui présentait les résolutions du pétrolier français… mais qui n’adressait pas le scénario 2° ! Et de rappeler que pourtant 157 entreprises (dont 15 françaises) on signé l’initiative Science Based Targets – lancée par le Carbon Disclosure Project (CDP), United Nations Global Compact, le World Resources Institute et le WWF – pour aligner les émissions de gaz à effet de serre des entreprises sur les recommandations des scientifiques du GIEC pour limiter la hausse de la température moyenne mondiale en-dessous de 2°C. Une initiative lancée car, si 80 % des 500 plus grandes entreprises du monde disposent d’objectifs de réduction de leurs émissions de GES ou de gestion de l'énergie, seule une douzaine des entreprises les plus proactives prennent en compte la nécessité de contenir la hausse de la température moyenne mondiale en-dessous de 2°C. Ainsi le reporting que l’on pourrait appeler de compliance adresse-t-il tous les sujets imposés, mais pas forcément, ceux qui importent. Anne-Catherine HUSSON-TRAORE rappelait ainsi deux exemples saisissants :

- avant l’accident de Fukushima, le rapport de l’opérateur TEPCO comportait 4 pages sur les risques de la grippe aviaire… mais 0 sur le risque d’un accident nucléaire !

- de même les rapports de VW ne comportaient aucun point d’alerte sur la capacité de l’entreprise à faire des produits conformes à la réglementation…

 

Le rôle des actionnaires « responsables » : changer d'échelle

Novethic a dévoilé la même semaine ses chiffres 2015 de l’ISR. Le total des encours gérés sous la bannière de l’ISR est désormais de 746 milliards d’euros. Soit, une progression de 29 % sur un an ! Le marché est dominé par les investisseurs institutionnels qui détiennent 90 % des encours, en particulier par les assureurs (465 milliards en 2015). Pour la première fois, le centre de recherche de Novethic a essayé d’analyser l'impact de l'investissement responsable sur les décisions d'investissement, en quantifiant ce qu'il appelle "l'ISR de conviction". Celui-ci ne pèse que 7% des encours totaux, soit 54 milliards d’euros et ne concerne qu’une trentaine de sociétés de gestion. Pourtant comme le souligne Anne-Catherine HUSSON-TRAORE : "Pour que l’investissement responsable tienne sa promesse, c’est à dire qu’il permette à l’investisseur final d'orienter ses placements vers la création de valeur environnementale, sociale tout autant qu'économique, il va devoir changer d’échelle". Ce qui implique, selon Novethic, de se doter d'indicateurs de mesure d'impact tels que l’empreinte carbone des portefeuilles ou la création d’emploi. Et Anne-Catherine HUSSON-TRAORE de rappeler que Novethic a été sélectionné par le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer pour être un des 2 auditeurs du label Transition Energétique et Ecologique pour le Climat (TEEC). Lancé fin 2015, ce label garantit l’orientation des investissements vers le financement de la transition écologique et énergétique, la transparence et la qualité des caractéristiques environnementales de ces produits financiers, confirmées grâce à l’audit d’un tiers expert et indépendant.

Depuis la COP21, le climat est devenu un enjeu encore plus important pour les investisseurs responsable. Le défi est immense : selon l'AIE (Agence Internationale de l’Énergie), notre consommation d'ici à 2050, ne devrait pas représenter plus d'un tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles afin de ne pas dépasser les 2°C. Autrement dit, il ne faudra pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 d'ici à 2050 pour ne pas dépasser la barre fatidique des 2°. Or, la combustion des réserves prouvées d’énergies fossiles de la planète émettrait 2 795 gigatonnes de CO2, soit cinq fois plus ! Et Anne-Catherine HUSSON-TRAORE de rappeler le mot d’Henri de Castries, Pdg d’Axa :

« Un monde à 6° n’est plus assurable ». Là encore, Anne-Catherine HUSSON-TRAORE estime que le reporting est au cœur de ces enjeux. Il pose la question de la mesure, de la norme pour mesurer les émissions de GES. Il doit permettre de comparer les progrès d’année en année, ce qui souvent n’est pas possible à cause des changements de périmètre mesurés… De même, un changement de paradigme très important serait, comme le demandent tous les investisseurs, de présenter un ratio énergie produite/émissions de CO2 afin de pouvoir faire des comparaisons entre entreprises du même secteur…

Enfin, ces enjeux climatiques vont profondément bouleverser les modèles économiques de l’énergie. Par exemple, le fonds souverain norvégien, doté de plus de 800 milliards d’euros d’encours, s’est désinvesti totalement du charbon, avant la COP21. Aux États-Unis, Peabody, le numéro un du charbon, est en faillite. Et les quatre leaders américains du charbon, qui pesaient 34 milliards il y a cinq ans, ne valent plus que 150 millions de dollars aujourd’hui! Comme l’analyse Anne-Catherine HUSSON-TRAORE : « Le modèle s’effondre de lui-même ». Et ce qui se passe dans le charbon, pourrait aussi, à terme, concerner les autres énergies fossiles : « le portefeuille des pétroliers pourrait se dévaloriser très vite ». Une prédiction qui s’appuie sur le mouvement de désinvestissement mené, par exemple, par l’ONG « Go Fossil free ». Déjà la fondation Rockefeller a annoncé son intention de désinvestir, d’ici à 2018, les énergies fossiles de leur portefeuille d’actifs de 850 millions de dollars. Et la fondation Gates a vendu 85 % de son portefeuille dans les énergies fossiles…

Alain Chauveau

 


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Commentaires : 3
  • #1

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