L’agriculture, 1ère brique de la transition ?

À 35 ans, Maxime de Rostolan se définit lui-même comme un passionné de développement de projets durables, de coopération et de mutualisation, qui a toujours cherché à travailler dans des initiatives porteuses de sens. Depuis septembre 2013, il pilote un projet expérimental de création de microferme en permaculture, en Touraine. Son projet : prouver qu’une « autre » agriculture est possible, basée sur des éco-systèmes équilibrés, économiquement rentable et créatrice d’emplois durables. Résumé de son projet, présenté à l’occasion des Apéros DD de l’AACC, le 24 mai 2016…

De 2004 à 2007, diplôme d'ingénieur en poche, Maxime part faire un tour du monde sur la thématique de l'eau (cf. son récit dans "Les Aventuriers de l'Or Bleu" aux Presses de la Renaissance). De 2007 à 2013, il dirige la collection de planches pédagogiques Deyrolle pour l'Avenir, illustrant l'ensemble des enjeux du développement durable pour les établissements scolaires, entreprises ou collectivités locales. Il s’est par ailleurs intéressé aux notions de biomimétisme, avec l'association Biomimicry France qu’il a co-fondée, aux enjeux de préservation de la forêt, avec Pur Projet, et à l'agriculture urbaine dans le cadre de Bioroof, association dont il est président.

En septembre 2013, il crée Fermes d'Avenir (http://www.fermesdavenir.org), une association de loi 1901 qui a pour objectif de favoriser le développement de l'agroécologie sur les territoires.

Le premier projet de Fermes d'Avenir est la création d'une microferme expérimentale en Touraine à Montlouis-sur-Loire, afin d'évaluer le modèle économique de fermes de petites surfaces, s'inspirant de la permaculture, vendant leur production localement.

Suivie par l'INRA, HEC, le Ministère de l'Agriculture, Carbone4, BeCitizen, l'expérience vise à prouver qu'il est possible, avec un budget entre 80 et 120k€, de créer une ferme sur 1,4ha, et d'atteindre un équilibre économique pour 3 salariés temps plein (payés 1,2 SMIC) dès la 4ème année. Pour information, un maraîcher traditionnel (en agriculture productiviste) ne créerait qu’un seul emploi (payé seulement 715 euros), pour une surface équivalente.

Maxime espère réussir, à partir de 2017, à produire pour 100.000 euros de fruits et légumes chaque année, pour ainsi atteindre l’équilibre en 4ème année de production.

 

Comment est financé le projet ?

Portée par une association, la démarche n’a aucun but lucratif. Si cette ferme expérimentale vend, bien entendu, ses légumes, cela ne génère aucun bénéfice car les recettes ainsi réalisées seront réinvesties dans des projets participant du même objectif : promouvoir l’avènement d’une agriculture plus efficace, résiliente et vivable. À l’origine, Maxime a souhaité s’adresser aux institutionnels comme la FNSEA ou la Mutuelle Sociale des Agriculteurs (MSA)… sans succès ! Mais il a également souhaité se tourner vers les acteurs des filières agricoles et alimentaires : plus de 80% des fruits et légumes se vendent via les circuits traditionnels (Grande et Moyenne Distribution, hard-discount, marchés, primeurs…). Il lui apparaissait donc évident que pour changer les choses, il fallait les convaincre - la GMS notamment - de travailler de concert avec des fermes agroécologiques de proximité. Il a réussi à lever 100 000 euros de fonds, grâce à des partenaires institutionnels comme la Communauté Européenne, la Région Centre, la Communauté de Communes de Montlouis-sur-Loire, mais aussi des entreprises comme Casino : Metro, Fleury-Michon, Mercator, Philips, Jardiland.

 

Comment est vendue la production ?

Maxime de Rostolan tient évidemment à distribuer ses fruits et légumes le plus localement possible et a donc mis en place des canaux de commercialisation assez classiques pour ce type de ferme : magasins bio de la région ; épiceries ou des restaurants non 100% bio mais intéressés par l’idée de se fournir en direct ; traiteur de la région, qui réalise régulièrement des buffets bio ; Maison de Retraite située à 1km de la ferme ; au restaurant de le l’Hôtel de la Bourdaisière ; à la ferme 2 fois par semaine ; par abonnements ‘paniers’, ou à la Ruche Qui Dit Oui! Des tests avec des enseignes de grande distribution sont également en cours pour évaluer la faisabilité d’un approvisionnement direct sans sacrifier la rémunération du producteur.

 

Comment « massifier » l’agroécologie ?

Selon Maxime de Rostolan, le modèle agricole actuel est à bout de souffle. Ses bases économiques et sociales ne fonctionnent plus : 300 fermes déposent le bilan chaque trimestre en France, 170 000 agriculteurs vont partir à la retraite dans les années à venir, ce qui veut dire qu’une exploitation agricole sur trois va changer de « manager » en France. Et comme, le lui a confié à la Direction de la prospective et de l’innovation de son partenaire, Casino, dans une projection à 30 ans avec un baril de pétrole à 500 US $, les tomates d’Espagne, ça ne marche plus…

Les impacts environnementaux de l’agriculture productiviste sont également énormes sur les sols, sur le réchauffement climatique (22 % des émissions mondiales de GES !), sur l’eau… La France a ainsi été condamnée à une amende d’1,5 Mds d’euros, par la Cour de justice de l'Union européenne, pour son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux (nitrates résultant de l'excès d'azote qui ruisselle sur les terres agricoles vers les rivières). Alors que d’autres pays européens comme l’Allemagne mènent depuis plus de 15 ans une politique fondée sur la protection de la ressource : on cite ainsi souvent l’exemple de la ville de Munich qui a préféré investir 10 M de DM dans la conversion d’une majorité de son aire d’alimentation en agriculture biologique à la construction d’une nouvelle station d’épuration!

Le projet « Fermes d’Avenir » s’inscrit donc dans une dimension intégrale : une fois validée la pertinence économique de fermes de ce type, l’idée est de les déployer sur les territoires. Pour cela, Maxime de Rostolan a inventé un nouveau métier auquel il a donné un nom : « paysculteur ». Un entrepreneur d’un genre nouveau capable de créer et d’administrer plusieurs fermes de ce type… sans retomber dans les travers des coopératives agricoles qui ont pris le pouvoir sur les agriculteurs. Il veut ainsi former 5000 paysculteurs qui pourraient créer 50 000 microfermes. Dans cette optique, le directeur de l’association Fermes d’Avenir a égalerment créé, dès 2013, Blue Bees (https://bluebees.fr/fr), première plateforme de financement participatif dédiée à l’agroécologie et à l’alimentation. Elle propose aux internautes de financer, en prêt rémunéré ou en don, des entrepreneurs agricoles ou dans l'agroalimentaire.

Mais, selon Maxime de Rostolan, pour passer au modèle qu’il expérimente en le « massifiant » et réussir ainsi la transition de l’agriculture, il existe quelques leviers importants : il "suffirait", par exemple, d’y consacrer seulement 1 % de la PAC (10 Mds d’euros) et/ou de donner quelques avantages sur les charges sociales pour les emplois créés…

Alain Chauveau


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Commentaires : 1
  • #1

    Thomas (lundi, 24 octobre 2016 04:19)

    Etonnant qu'une telle réalisation naissante au devenir prometteur ... et très souhaitable, n'ait suscité aucune réaction.

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