4. « Co-responsabilité et partage de valeurs ? »

Une des sources de la complexité de notre monde vient de la diversité des systèmes de valeurs. Nos systèmes de représentation sont tellement divergents que nous avons du mal à “faire société” sur les questions sociales et environnementales. Si le constat global est partagé, les modes d’action envisagés sont très différents. Et cela correspond aussi à un renforcement de l’individuation et d’affirmation de ces différences. Ainsi le développement durable est vécu par certains comme un système de contraintes, une volonté de faire de la protection une morale portée par des prosélytes intolérants… Alors que d’autres le vivent comme la nouvelle bonne conscience de l’humanité et dénoncent le greenwashing des entreprises ou des politiques.

L’enjeu est de retrouver du sens profond, de l’affect, de l’envie de durabilité et de socialité, avec de l’écoute et a minima une curiosité de l’autre, de la tolérance.

Dans le “monde d’après” est-ce qu’une spirale de coresponsabilité, permettra  à chacun de trouver sa place, de penser et d’agir en situant sa contribution dans une chaîne bienveillante de responsabilités à la fois individuelles et collectives, locales et globales, pour le bien-être de tous, aujourd’hui et demain ?

Quelle place pour l’imaginaire ? Peut-on encore parler d’une approche humaniste ?

Pour une définition du terme « valeur »

La valeur peut être marchande, économique, spirituelle. Elle est de l’ordre de l’abstraction, de l’intellect. C’est un idéal auquel on peut ou non adhérer. Elle peut être de l’ordre du sentiment, de l’émotion ou de l’ordre de la décision, de l’adhésion volontaire. Il existe ainsi différentes écoles de pensées. Pour certains, la valeur est une utopie ; pour d’autres, c’est une affaire de morale. La valeur, c’est aussi une énergie qui nous pousse à agir, que l’on aspire à la liberté, au respect de l’autre, à la liberté ou à la durabilité. C’est aussi le socle, le fondement à partir duquel on construit, on assoit son action.

Comment construire une spirale vertueuse de la co-responsabilité ?

La co-responsabilité est une valeur extrêmement sophistiquée. Pour être co-responsable il faut déjà être responsable, être conscient que l’on a une valeur, donc ne pas être dans la précarité, l’exclusion. Et puis il faut être dans l’interdépendance, le partage avec l’autre. Des pré-requis sont nécessaires : avoir un minimum vital pour se nourrir, se loger ; développer un sentiment d’appartenance à un groupe, une famille, une institution ; avoir conscience de sa singularité, être dans le développement de soi. Trois étapes pour arriver au « nous » de la co-responsabilité.

Puisque nous sommes tous interdépendants, l’un des moteurs de l’action pourrait être simplement la conscience de cette interdépendance. Elle suffit à générer une forme de responsabilité, de solidarité, de respect de l’autre et de ses valeurs.  Elle favorise l’alliance des différentes valeurs des uns et des autres.

Développer la conscience et construire la confiance

En remettant de la conscience, du sens, dans ses actions quotidiennes, par exemple dans ce que l’on mange, on pourrait prendre conscience de notre interconnexion et devenir acteur du changement. Notre consommation a des répercutions sur ce qu’il se passe à des milliers de kilomètres de nous. En ouvrant cette conscience les comportements évolueront de manière plus respectueuse et responsable…

Mais, si avoir une utopie, un projet ambitieux est souhaitable, il est recommandé, pour ne pas effrayer et donner envie, de travailler sur le chemin et les premières étapes. Il est aussi possible de faire du « back casting » : partir de l’objectif futur et revenir en arrière permet d’éviter de bloquer au premier obstacle. Sur un bateau on dirait « regardez l’horizon plutôt que la vague ».

La conscience de soi et des phénomènes qui nous entourent ne va pas de soi, cela se travaille : faire appel au volontariat, proposer des projets ambitieux, considérer les autres comme capables d’y arriver… c’est ce qui  permet d’entraîner l’autre dans une action positive. La co-construction suppose aussi de connaître les règles de fonctionnement d’un groupe, d’adapter des méthodes de travail spécifiques qui aident à la résolution des problèmes.

Dans ce contexte, la confiance apparaît essentielle. Impossible d’avancer ensemble ou de coopérer si elle fait défaut. Aux Nations-Unies, par exemple, tous les acteurs participant à une œuvre collective s’engagent sur des mécanismes de mesure, de vérification et de reporting.

Comment aller plus loin, retrouver du sens, donner envie ?

Cela peut passer par le partage d’un imaginaire commun, l’expression de la joie à agir et vivre ensemble, voire le matraquage de beaux mots qui réenchantent via un « champ lexicograpique » propagé au maximum. Raconter des histoires qui montrent que ça marche ; mettre en avant le rêve collectif, le festif ; associer les générations et les expertises chacun ayant son rôle et sa place quand il s’agit d’innover ; faire attention à ne laisser personne derrière, sur le chemin.

Cela peut également passer par des méthodes de concertation, comme « la méthode de la spirale », appliquée au niveau international, visant à favoriser des programmes d’action en coresponsabilité. Elle consiste à mettre en place une plateforme d’acteurs hétérogènes à qui l’on pose trois questions : qu’est ce qui fait mon bien-être aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait mon mal-être ? Et  qu’est ce que je suis déjà en capacité de faire dès demain pour atténuer le mal être et préserver accroitre mon bien être et celui des autres ?

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